L’ « UNIVERSITÉ D’ÉTÉ 2026 » D’ADEVCOMP
s’est tenue le 7 juillet, à Paris.
Accueillie par un partenaire, INGETIS-Ecole du numérique, la Séance clôturant le premier Cycle de la MASTER CLASS DIRIGEANTS s’est tenue au Quartier Latin (rue Gay-Lussac), avec celles et ceux de ses participant(e)s disponibles (dont plusieurs venu(e)s de régions à cette occasion), des adhérent(e)s d’Ile de France et des personnes intéressées par les invitations sur les Réseaux Sociaux ou dans une des dernières éditions de notre partenaire historique, LE QUOTIDIEN DE LA FORMATION[1].
Cette « Rencontre Professionnelle » (la 7ème du genre depuis la fondation de l’Association) s’est déroulée en deux temps : un « Atelier » de synthèse des travaux de la Master Class Dirigeants le matin puis un après-midi en forme d’« Université d’été ».
Ces séquences ont permis, d’une part, de mettre en lumière les travaux déjà menés et, d’autre part, de les éclairer par des apports d’acteurs engagés dans la réflexion et l’action pour le renouvellement de l’approche de la reconnaissance et du développement des compétences mais aussi de proposer des ouvertures vers la prise en compte de ces contributions (tant à l’expansion du « capital humain » qu’à l’accroissement d’une performance « durable ») et leur valorisation comme des « actifs immatériels » des entreprises, notamment lorsqu’elles s’inscrivent dans les logiques d’organisations « apprenantes » et « responsables ».
Le fil conducteur de ces échanges était en cohérence avec les travaux menés par l’Association depuis 2019, spécialement dans les derniers en date de la Master Class Dirigeants[2] à savoir « reconnaître ce qui se construit et se transforme dans le travail ».
Clairement, toutes les interventions de la journée ont convergé sur une conviction partagée : les transformations du travail exigent de dépasser les réponses classiques de la formation professionnelle.
L’objectif de l’après-midi était double : restituer les acquis des travaux engagés avec les entreprises depuis février dernier et ouvrir un nouveau Cycle à venir de réflexion sur le financement du développement des compétences, du « capital humain » et du « capital immatériel ».
LES ACQUIS DU PREMIER CYCLE DE LA MASTER CLASS DIRIGEANTS :
Depuis février 2026, la Master Class Dirigeants a permis de travailler avec des entreprises sur une question essentielle : comment faire du développement des compétences un véritable levier de performance, plutôt qu’une simple obligation ou une ligne de dépense ?
L’orientation des travaux menés lors des Séances réalisées était de rendre la compétence pilotable par l’entreprise !
- L’intervention d’Ilhem ALLEAUME, Responsable du Réseau Emploi Compétences du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, a permis de replacer cette réflexion dans le contexte plus large des besoins actuels des PME, de l’évolution rapide des activités, et de la difficulté à anticiper les compétences nécessaires face aux transitions écologique, technologique, démographique et organisationnelle.
- Les travaux du CESE, rapportés par Thierry CADART (représentant du groupe CFDT) confirment cette nécessité de repenser l’approche des compétences. L’étude du CESE insiste en particulier sur la capacité d’adaptation des individus et des organisations, sur la reconnaissance des apprentissages informels, sur les habiletés sociocognitives, et sur la nécessité de mieux articuler travail, formation, reconnaissance et trajectoires professionnelles.
C’est pourquoi ADevComp propose de repartir du travail réel : les activités, les situations professionnelles, les résultats d’activité, les savoir-faire mobilisés, les capacités de coopération et d’adaptation. Cette approche rend la compétence plus concrète, plus observable, plus discutable et plus facilement reliée à la performance de l’organisation.
- La réflexion conduite par l’Association conduit naturellement vers le modèle de l’ « entreprise apprenante » : le travail devient un lieu d’apprentissage, de transmission, d’explicitation, d’analyse réflexive et de progression collective.
- La FEST – Formation en situation de travail – a été présentée dans cette logique par Emmanuelle BEGON, comme une clé d’entrée opérationnelle (qu’on ne peut réduire à son cadre réglementaire), dont l’enjeu est de permettre aux entreprises de se réapproprier le développement des compétences à partir des situations réelles de travail, avec leurs managers, leurs tuteurs et leurs collectifs.
- L’intervention de Sandro De Gasparo, du CNAM, a conforté cette orientation. Développer les compétences suppose, en effet, de faire évoluer les modèles de management. Le manageur ne peut plus seulement prescrire, organiser ou contrôler. Il doit également écouter, faire expliciter, accompagner, soutenir l’analyse réflexive, encourager le tutorat, faciliter la coopération et créer les conditions du développement professionnel.
Cette évolution est décisive pour les PME : elles ne peuvent pas se contenter d’acheter de la formation externe. Elles doivent apprendre à transformer leur propre organisation en espace de développement des compétences, tout en rendant visibles les progrès réalisés. - Et cet enjeu majeur de mise en visibilité et de valorisation a pu être précisément traité avec Hubert GRANDJEAN et Serge RAVET, en s’appuyant sur la nouvelle Norme AFNOR « Fonction et système de reconnaissance socio-professionnelle » et en promouvant la « Reconnaissance Expérientielle en Situation de Travail (REST)».
LES APPORTS DES « GRANDS TEMOINS » :
Jean-Pierre WILLEMS (Université Paris-Sorbonne) a rappelé la complexité du système français de formation professionnelle, la difficulté à sortir d’une logique très institutionnelle, et la nécessité de repenser les voies de reconnaissance collective des compétences. Son intervention a mis en lumière le besoin de simplifier les cadres d’action, mais aussi de mieux reconnaître ce qui se développe hors des formations formelles : dans le travail, dans les collectifs et dans les parcours.
Pour en savoir plus : Voir sur LINKEDIN https://www.linkedin.com/posts/willemsconsultant_en-route-pour-2027-10-synth%C3%A8se-et-propositions-activity ou sa série d’articles « En route pour 2027 » directement sur rh.newstank.fr.
Stéphane TREBUCQ (IAE de Bordeaux) a replacé les échanges dans une perspective économique plus large : celle du « capital humain » et du « capital immatériel ». Il a rappelé la difficulté à mesurer ce qui crée réellement de la valeur dans l’entreprise, lorsque cette valeur repose sur des connaissances, des coopérations, de la confiance, de l’engagement et des capacités d’adaptation. Cette analyse rejoint directement la notion de “capital reconnaissance” défendue par ADevComp : rendre visible, qualifier et valoriser ce qui contribue à la performance durable.
Pour en savoir plus : lire notamment son article sur La mesure du capital humain (à télécharger ici)
Maroussia KRAWEC (secrétaire confédérale CFDT « Vie au travail – Dialogue social »), a apporté un éclairage essentiel sur le dialogue professionnel : non pas seulement le dialogue social institutionnel, mais le dialogue dans et autour du travail. À travers deux exemples significatifs des Hauts de France, comme Toyota ou La Fabrique de l’emploi (entreprise d’insertion lilloise, déjà intervenu auprès de l’Association), elle a montré comment des espaces de discussion structurés peuvent redonner aux salariés une capacité d’analyse, d’autonomie et de responsabilité sur leur travail. Les dysfonctionnements de l’entreprise deviennent alors une « matière première » pour apprendre, progresser et mieux coopérer.
Pour en savoir plus : lire notamment Le Travail que nous voulons (CFDT) et en complément le Rapport sur le « dialogue social » du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan.
Vincent CHARLET (directeur général de La Fabrique de l’Industrie) a ouvert la réflexion sur la valorisation de l’investissement immatériel, à partir de travaux dans l’industrie. La comparaison avec d’autres modèles, en particulier l’Allemagne, invite à interroger nos conventions comptables et nos représentations de l’investissement. « Si les compétences, l’organisation, la coopération et la reconnaissance créent de la valeur, il faut apprendre à les qualifier, les mesurer, les discuter avec les financeurs et les inscrire dans une stratégie de long En route pour 2027terme ».

Vincent CHARLET (La Fabrique de l’industrie) et Hubert GRANDJEAN (AFDEC, Vice-président d’ADEVCOMP) dialoguant sur les « investissements immatériels ».
Pour en savoir plus : lire notamment le Rapport sur les investissements immatériels dans l’industrie (de La Fabrique de l’industrie) et en complément l’article de Sandro DE GASPARO et Romain DEMISSY sur Investissements immatériels & Formation dans EDUCATION PERMANENTE.
EN CONCLUSION :
On retiendra d’abord que le développement des compétences ne peut plus être réduit à la formation formelle, ni à une logique de conformité administrative. Il engage à la fois le travail, le management, l’organisation, le dialogue professionnel, la reconnaissance et le financement.
On s’accordera aussi sur le fait que la compétence doit être pensée comme une dynamique : elle se construit dans l’activité, se développe par l’expérience et l’analyse réflexive, se consolide par la reconnaissance, et devient stratégique lorsqu’elle est reliée aux résultats de l’entreprise.
Mais cette approche impose de travailler à l’avenir à faire évoluer les modes de financement et le regard porté sur les « actifs » de l’entreprise. Financer les compétences de demain ne consistera pas seulement à financer des stages ou des catalogues de formation. Il faudra financer des parcours, des situations apprenantes, des preuves de progression, des collectifs capables de transmettre, des managers capables d’accompagner, et des dispositifs de reconnaissance capables de sécuriser les trajectoires professionnelles.
Et par conséquent, il n’y a rien de plus important que de prolonger le travail et la dialogue avec les entreprises, les partenaires sociaux et les institutions, en ouvrant une nouvelle étape : sur les conditions de financement du développement des compétences et de la reconnaissance et la valorisation de ces « ressources immatérielles »[3].
Pour ce faire, il s’agira notamment de mieux relier les investissements dans les compétences aux résultats d’activité, à la réduction des dysfonctionnements, à la qualité du travail, à la performance durable et à la sécurisation des parcours.
Ces propositions seront à “mettre sur table” et débattues avec des partenaires sociaux, des institutionnels et des experts, de façon publique, début 2027, pour qu’enfin les compétences soient traitées comme un capital stratégique pour les personnes comme pour les organisations.
[1] Nous avons appris avec tristesse et émotions la mise en liquidation de CENTRE INFFO, après 50 ans de mise à disposition de l’écosystème de la Formation et de l’Orientation, d’une expertise et de tribunes appréciées, le lendemain même de notre rencontre professionnelle !
[2] Voir les comptes-rendus des différentes Séances sur notre BLOG : de l’émergence des compétences dans l’activité à la transformation de l’organisation et du management, en passant par les repères nécessaires pour se dire « entreprise apprenante », la mise en œuvre de la FEST et la « Reconnaissance Expérientielle en Situation de Travail ».
[3] Comme nous y avaient invités dès notre Université 2025 notre intervenant du FIR (Grégory SCHNEIDER-MAUNOURY) et Valérie CHAROLLES (du CNRS).



